ELLES sont toutes deux assises à un bureau. Chacune une lampe, un verre d'eau et un livre. Chacune un fragment de vie de Charlotte Delbo. Quand elles se mettront à lire, tour à tour, dans un instant, elles cloueront sur leur siège les visiteurs du soir. Ceux qui sont venus, à l'invitation du service culturel de la mairie de Loos-en-Gohelle, assister à une écrasante lecture-spectacle. Dominique Surmais et Arlette Renard, du théâtre de La Chandelle à Lille, ont choisi de partager les superbes ouvrages de l'une des quarante-neuf survivantes du convoi de déportés politiques qui, en 1943, a quitté le camp d'internement du fort de Romainville à destination d'Auschwitz. Pieds rangés sous la chaise, les yeux rivés tantôt sur les pages, tantôt sur les visages, les comédiennes ont laissé tomber les mots qu'on n'oublie pas. Ceux que Charlotte avait promis aux femmes déportées de dire et d'écrire à son retour. La promesse est tenue et se poursuit au-delà d'elle et des générations. Pour les cinquante ans de la Libération, une nuit sur France-Culture avait été réservée à ces ouvrages. Des femmes de toutes les régions de France, dont Dominique et Arlette, avaient apporté leur voix à une lecture qui durait six heures. Aujourd'hui à elles deux, à Loos-en-Gohelle et ailleurs, elles continuent.